IA en Guadeloupe et Martinique : les DROM oubliés ?

Accès à l'intelligence artificielle et aux API Gemini en Guadeloupe et Martinique

Alors que l’intelligence artificielle connaît une accélération spectaculaire, une situation étonnante persiste dans les territoires ultramarins français : certains des outils numériques les plus avancés au monde restent difficiles, voire impossibles, à utiliser depuis la Guadeloupe ou la Martinique.

Chez OIDANEOS, nous en avons récemment fait l’expérience avec les technologies d’intelligence artificielle de Google.

Et cette situation rappelle étrangement une autre époque : celle où des services devenus banals en métropole, comme Spotify, tardaient à être accessibles dans les territoires ultramarins.


Gemini évolue… mais pas partout

Google accélère considérablement autour de Gemini et de son écosystème d’intelligence artificielle.

Modèles plus performants, agents IA, outils de développement, automatisation, recherche et nouvelles possibilités d’intégration apparaissent à un rythme impressionnant.

Pour une entreprise, ces technologies permettent aujourd’hui d’imaginer des usages très concrets :

  • automatiser certaines recherches ;
  • analyser des données et des documents ;
  • assister les collaborateurs ;
  • enrichir des bases de prospects ;
  • développer des agents IA ;
  • intégrer l’intelligence artificielle directement dans les processus métiers.

Mais derrière cette évolution technologique mondiale demeure une réalité beaucoup plus administrative :

les API et certains services IA ne sont pas nécessairement disponibles dans tous les territoires.

Et les DROM n’échappent pas au problème.


France, Guyane, Guadeloupe, Martinique : une situation étonnante

La liste des territoires pris en charge par certaines technologies de Google fait apparaître une situation particulièrement surprenante.

  • France métropolitaine : accès pris en charge ;
  • Guyane française : territoire référencé ;
  • La Réunion : territoire référencé ;
  • Guadeloupe : situation beaucoup plus problématique ;
  • Martinique : même problématique.

Cela peut conduire à une situation paradoxale.

Une entreprise française installée en Guadeloupe peut disposer d’un compte Google, d’un abonnement payant et de tous les outils nécessaires… mais rencontrer malgré tout des blocages lorsqu’une application tente d’utiliser certaines API Gemini depuis une adresse IP guadeloupéenne.

Le problème n’est donc pas nécessairement l’ordinateur, le compte ou la configuration de l’utilisateur.

Il peut simplement être géographique.


Cela rappelle étrangement l’histoire de Spotify

Pour ceux qui ont connu les premières années du streaming, cette situation n’est pas totalement nouvelle.

Lorsque Spotify et d’autres grandes plateformes numériques se sont développés en Europe, leur disponibilité n’a pas toujours été simultanée dans les territoires ultramarins.

La France métropolitaine pouvait être couverte alors que certains territoires français restaient en dehors du périmètre.

À l’époque, plusieurs facteurs pouvaient intervenir :

  • droits de diffusion ;
  • licences territoriales ;
  • moyens de paiement ;
  • géolocalisation des adresses IP ;
  • organisation commerciale des plateformes.

Pour l’utilisateur, le résultat était néanmoins très simple :

être français ne signifiait pas nécessairement être considéré comme étant en « France » par une plateforme numérique internationale.

Près de deux décennies plus tard, nous retrouvons une mécanique comparable.

Mais cette fois-ci, l’enjeu n’est plus l’accès à un catalogue musical.

Il s’agit de l’intelligence artificielle.


De l’inégalité d’accès au divertissement à l’inégalité d’accès aux outils de production

C’est probablement là que le sujet devient beaucoup plus important.

Ne pas pouvoir accéder immédiatement à une plateforme musicale constitue essentiellement un désagrément pour le consommateur.

Ne pas pouvoir accéder normalement à certaines infrastructures d’intelligence artificielle peut devenir un désavantage économique pour une entreprise.

Prenons un exemple simple.

Une PME située à Paris peut développer un processus reposant sur une API d’intelligence artificielle pour rechercher de l’information, analyser des documents, automatiser certaines tâches ou assister ses salariés.

Une PME guadeloupéenne souhaitant reproduire exactement le même processus peut rencontrer une erreur liée à sa localisation.

Les deux entreprises sont françaises.

Elles peuvent être soumises aux mêmes règles nationales et européennes.

Elles utilisent le même fournisseur.

Pourtant, leur accès effectif à la technologie peut être différent.


Les DROM peuvent-ils devenir des angles morts de l’IA ?

La question mérite d’être posée.

Les grandes plateformes technologiques fonctionnent de plus en plus avec des listes de pays et de territoires explicitement autorisés.

Dans leurs systèmes informatiques, « France » et « Guadeloupe » ne sont pas forcément synonymes.

Les territoires disposent notamment de leurs propres codes géographiques :

  • GP pour la Guadeloupe ;
  • MQ pour la Martinique ;
  • GF pour la Guyane.

Ils peuvent donc être traités séparément par les infrastructures internationales.

Il suffit alors qu’un territoire ne soit pas intégré à une liste d’autorisation pour créer une rupture d’accès.

Il ne s’agit pas nécessairement d’une décision volontaire d’exclure les territoires ultramarins.

Cela peut aussi être la conséquence de la manière dont les infrastructures mondiales sont déployées.

Mais pour les entreprises locales, le résultat reste le même.


Un véritable enjeu de compétitivité pour les entreprises ultramarines

L’intelligence artificielle n’est progressivement plus un simple outil expérimental.

Elle devient une infrastructure de productivité.

Prospection commerciale, analyse documentaire, marketing, développement informatique, cybersécurité, gestion administrative, formation, relation client : les cas d’usage se multiplient.

Si les entreprises ultramarines disposent de ces technologies plusieurs mois ou plusieurs années après leurs homologues métropolitaines, un nouvel écart numérique pourrait apparaître.

C’est précisément ce qu’il faut éviter.

Les territoires ultramarins ont au contraire une opportunité particulière : utiliser l’intelligence artificielle pour compenser certaines contraintes structurelles liées à :

  • l’éloignement ;
  • la taille des marchés ;
  • l’accès à certaines compétences spécialisées ;
  • la nécessité d’automatiser davantage de tâches.

L’IA peut devenir un formidable outil de rattrapage, de productivité et d’ouverture.

À condition d’y avoir accès.


Le précédent Spotify doit nous servir de leçon

Spotify est finalement arrivé.

Le streaming s’est généralisé.

Et les restrictions qui semblaient autrefois importantes paraissent aujourd’hui presque anecdotiques.

Mais cette histoire nous rappelle quelque chose d’essentiel :

les innovations numériques mondiales ne se diffusent pas automatiquement et uniformément dans tous les territoires.

Avec l’intelligence artificielle, nous ne pouvons probablement pas nous permettre d’attendre plusieurs années.

Car cette fois, il ne s’agit pas seulement de consommation numérique.

Il s’agit de :

  • productivité ;
  • formation ;
  • innovation ;
  • compétitivité ;
  • transformation des entreprises.

La Guadeloupe et la Martinique ne doivent pas devenir les oubliées de la révolution de l’intelligence artificielle.


Une question simple pour les prochaines années

Alors que Gemini et les autres grands modèles progressent à une vitesse impressionnante, une question devient incontournable :

comment garantir qu’une entreprise française située à Pointe-à-Pitre ou Fort-de-France puisse accéder aux mêmes infrastructures numériques qu’une entreprise située à Paris, Lyon ou Bordeaux ?

La prochaine fracture numérique ne concernera peut-être pas l’accès à Internet.

Elle pourrait concerner l’accès aux outils d’intelligence artificielle eux-mêmes.

Et pour les territoires ultramarins, il est essentiel que cette question soit posée maintenant.

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